Concert de musique actuelle : Fleurs passion

Dessins de Benjamin Petit-Delor représentant le concert : 1er avant l’entrée des musiciens, 2e pour L’embarras du choix, 3e pour Coplas Exquis et le 4e pour Hurler la beauté de la chair

Mercredi nous avons assisté à Fleurs passion : un concert de l’Ensemble SuperMusique (ESM) et de la Chorale Joker à l’édifice Wilder, présenté par Productions SuperMusique et codiffusé avec Le Vivier. L’effectif rassemblait parmi les meilleurs musiciens de Montréal, chacun excellent dans sa discipline. On comptait par exemple Joane Hétu : fondatrice des Productions SuperMusique : productions qui oeuvrent sans relâche au développement de la musique actuelle au Québec ainsi qu’au renouvellement des propositions musicales modernes.

Le programme était constitué de trois pièces de musique actuelle et expérimentale dont deux créations composées par les artistes de SuperMusique et Joker. La troisième et dernière pièce, écrite en 2013 par Emilie Girard-Charest a été intégrée au programme, bien qu’elle ne soit pas une création, car elle s’inscrit parfaitement dans la thématique et l’esthétique générale.

La première pièce, L’embarras du choix, était une création du compositeur Jean Derome (également saxophoniste et flutiste ce soir) qu’il dirigeait lui même en utilisant une gestique proche du sound painting. A la manière de certaines pièces contemporaines, elle n’est pas organisée rythmiquement avec un tempo mais grâce à un chronomètre indiquant les secondes (20 min 42 s au total). Les textures sonores développées fondées sur l’improvisation étaient aussi intrigantes qu’elles étaient variées avec une énergie générale toujours très soutenue, même dans les instants de relâchement plus piano où il continuait d’y avoir des propositions musicales surprenantes. De plus, cette pièce témoigne d’un fin travail sur la texture sonore du groupe avec l’utilisation de jouets musicaux (type kazoo), extended technics, cris, chuchotements, sifflements, le tout bien orchestré donnant naissance à un univers sonore étrange et amusant où la musique semble être sur le point d’articuler un mot, de rire, de crier une onomatopée, d’imiter le bruit d’une bouteille de vin qu’on débouche ou même d’être une classe d’élèves distraits qui s’amusent.

A peine la chronomètre avait-il atteint les 20 minutes et 42 secondes que les musiciens se turent, Jean Derome quitta sa place de chef, la deuxième pièce débuta. Cette enchaînement immédiat des pièces entre elles rythmait beaucoup le concert en reliant les oeuvres séparées en une performance homogène. En outre, la salle ne comportant pas de scène surélevée, le public était à la même hauteur que les premières rangée de musiciens et tout cela créait un cadre immersif pour les spectateurs.

La deuxième pièce Coplas exquis était une suite de six courtes parties, chacune illustrant un poème de 4 strophes issu du recueil Coplas, poèmes de l’amour andalou (Anonyme). Là encore les morceaux se sont enchaînés, ne nous laissant comme clefs pour détecter les passages des uns aux autres, que les différences d’écriture entre les compositeurs et les textes des poèmes inscrits dans notre programme. Par exemple certains ont intégré des tonalités et d’autres des jeux sur la mise en scène, plaçant cette performance à la limite du théâtre.

La dernière pièce, Hurler la beauté de la chair, était découpée en plusieurs histoires, transformant certains musiciens en comédiens. C’était l’oeuvre qui exploitait le plus le potentiel théâtral du groupe. Son autre point fort était la cadence très contrastante du reste du concert où, soudain, tout est devenu fête pendant trente secondes : la plupart des artistes se sont le levés pour danser alors que les autres jouaient leur air le plus joyeux !

(voir le lien du programme sur le site de Le Vivier)